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La Relève
Le 21 mars 1942, le Gauleiter Sauckel - le "négrier" de l'Europe - reçoit d'Hitler les pleins pouvoirs concernant l'utilisation de la main-d'oeuvre dans les territoires occupés. Les répercussions en France sont immédiates, d'autant plus que Pierre Laval, fervent partisan de la collaboration franco-allemande, devient chef du gouvernement en avril 1942.
Après de longues et difficiles négociations, Sauckel et Laval s'entendent pour mettre en oeuvre la Relève dont le principe avait été proposé aux autorités allemandes dès l'automne 1940, par Georges Scapini, ambassadeur français en charge des prisonniers. Le 22 juin, le Président du Conseil annonce, dans un discours radiophonique tristement célèbre, le contenu de l'accord : en contre-partie du départ de trois ouvriers spécialisés, un prisonnier de guerre rentrera en France. D'ici la fin de l'année 1942, 250 000 travailleurs français devraient rejoindre l'Allemagne dont 150 000 spécialistes.
Le gouvernement de Vichy espère ainsi maîtriser l'émigration de la main-d'oeuvre et garder l'initiative au nom de la souveraineté nationale. Il engage alors une vaste propagande dans la presse, à la radio, par des distributions de tracts et d'affiches dans tous les lieux publics. De juillet à fin septembre 1942, pas moins de quatre campagnes concernent les affiches : "C'est l'heure de la Relève", "La Relève commence" "La Relève continue" et "Les femmes françaises". Il s'agit de convaincre coûte que coûte que le travail volontaire en Allemagne est nécessaire à l'avenir de la France. La décision est entre les mains de celui qui lit l'affiche : si les prisonniers de guerre français ne sont pas libérés, c'est parce "vous" n'êtes pas encore en Allemagne. L'objectif est de culpabiliser les ouvriers, les inciter à une rétrospection. Partir en Allemagne devient une affaire de conscience individuelle, la propagande appelle à la " fraternité ", la " générosité " et la " raison ". La collaboration franco-allemande est écartée afin de ne pas troubler les plus indécis.
La Relève concerne en premier lieu les ouvriers, et au mieux, les ouvriers spécialisés de l'industrie et du bâtiment dont les compétences seront immédiatement utilisées dans les usines d'armement. Elle s'adresse aussi aux jeunes, parce qu'ils représentent une force de travail appréciable et que la guerre leur a épargné le service militaire.
Peu d'affiches sollicitent directement les femmes pour le travail en Allemagne. Un profond désaccord règne entre les autorités françaises et allemandes sur leur emploi dans les usines en Allemagne. La Révolution nationale lui a réservé une place de mère et de femme au foyer, peu compatible avec l'exil. Aussi, les affiches l'engageant à partir en Allemagne sont le plus souvent issues des services allemands. Le gouvernement de Vichy préfère l'associer à la Relève comme membre influent capable de décider le fils, le petit-fils ou le frère. Elles deviennent un relais fidèle du Maréchal.
Combien de prisonniers de guerre reviennent d'Allemagne ? Combien de travailleurs acceptent-ils l'échange ? Le gouvernement de Vichy se garde bien d'avancer le moins chiffre. Le 11 août 1942, l'arrivée en gare de Compiègne du premier train de prisonniers de retour d'Allemagne est annoncée tambours battants. Pierre Laval en personne et Julius Ritter, représentant le Gauleiter Sauckel en France sont là pour les accueillir. Les photos de l'événement, quelque peu manipulées, seront diffusées sous forme d'affiches et d'affichettes dans la France entière. Mais par la suite, le retour s'effectue au compte-gouttes et l'opinion publique comme les prisonniers eux-mêmes, en viennent rapidement à dénoncer ce marché de dupe.
La Relève - sans être un échec - n'est pas une réussite non plus. Du point de vue allemand, elle est jugée totalement insuffisante. Dès le mois de septembre 1942, il apparaît que les effectifs exigés, 250 000 travailleurs à la fin de l'année, ne seront pas atteints. Les autorités allemandes perdent patience et exigent la réquisition car les soldats et l'armement commencent à manquer singulièrement au fur et à mesure que le conflit s'étend vers l'Est et l'Afrique. L'enlisement des troupes à Moscou puis à Stalingrad, le débarquement anglo-américain en Afrique du Nord provoquent le raidissement de la politique allemande en ce qui concerne la main-d'oeuvre. Le temps de la réquisition commence.
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Quatre "Aktions Sauckel ", c'est-à-dire quatre plans de réquisition de main-d'oeuvre sont successivement mis en service. La première " Aktion Sauckel " est mise en place par la loi du 4 septembre 1942 sur l'orientation de la main-d'oeuvre. Elle prévoit le recensement de tous les hommes de 18 à 50 ans et des femmes de 21 à 35 ans, "pour effectuer tous travaux que le Gouvernement jugera utiles dans l'intérêt supérieur de la nation". En fait, elle est l'instrument indispensable à l'organisation des réquisitions : chaque travailleur est "trié" selon son âge, son statut familial et surtout ses compétences professionnelles. Le monde de la métallurgie et de la sidérurgie sont directement visés par ce premier plan.
En janvier 1943, Sauckel décide de la deuxième opération et réclame 500 000 travailleurs dont 250 000 destinés à l'Allemagne. Pour fournir cette main-d'oeuvre, le gouvernement français instaure par la loi du 16 février 1943 le Service Obligatoire du Travail (S.O.T.), modifié en Service du Travail Obligatoire (S.T.O.) pour une abréviation prêtant moins à la plaisanterie. Basée sur le principe du service militaire, elle autorise la réquisition de trois classes d'âge : 1940, 1941, 1942 pour une durée de deux ans.
Le Secrétariat général de l'information adopte alors une politique de propagande fort discrète, conscient du caractère fortement impopulaire de ces lois. Pour témoin, la campagne de l'été 1943 incitant les ouvriers à retourner en Allemagne après leurs premières permissions. Les travailleurs mariés partis en octobre 1942 bénéficient d'une permission au bout de six mois de contrat. Beaucoup en profitent pour se cacher en France et ne pas repartir en Allemagne. A l'automne 1943, les réfractaires au S.T.O. sont si nombreux que les permissions sont suspendues. Elles reprennent finalement avec le système du cautionnement : le retour de l'ouvrier permissionnaire conditionne le congé d'un autre ouvrier resté sur place.
Les services français de propagande en appellent à l'action sociale et favorisent la création des associations départementales de travailleurs français en Allemagne. Ils multiplient les manifestations, loteries et concours, comme ils l'avaient fait pour les prisonniers. Le Secrétariat général de l'information essaie - tant bien que mal - de retendre les liens distendus et redonner un semblant d'existence aux mots " Travail, Famille, Patrie " pendant que les réquisitions battent leur plein et les réfractaires au S.T.O. sont de plus en plus nombreux.
Le succès de la deuxième " aktion " ne ralentit en rien les exigences allemandes. Soucieux de fournir toujours plus de bras à l'AllemagnAu fur et à mesure que la victoire allemande devient incertaine, l'argumentaire évolue, laissant la place à l'idéologie, au combat politique plutôt qu'à l'intérêt personnel. Il s'agit maintenant de défendre un combat européen en faisant appel au patriotisme, où l'ouvrier est investi d'une mission : représenter la France en Allemagne, sous-tendue par une participation active à la collaboration franco-allemande contre le bolchevisme pour la paix.
e, Pierre Laval négocie en avril 1943 la transformation de 250 000 prisonniers de guerre en travailleurs libres. En acceptant ce statut, le prisonnier de guerre perd la protection de la Convention de Genève. S'il travaille déjà pour l'Allemagne depuis 1940, il peut être par ce biais, requis dans les usines d'armement, ce qu'interdit la loi internationale.
Dès le mois de juin 1943, l'Allemagne réclame encore 220 000 hommes. Pierre Laval décide de réquisitionner toute la classe 42 sans exception " pour mettre un terme à l'arbitraire et l'injustice". Devant l 'échec de cette troisième " aktion ", le ministre de l'armement Albert Speer décide - contre l'avis de Sauckel- de privilégier la réquisition sur place, plutôt que l'expatriation. Les départs vers l'Allemagne sont suspendus jusqu'à la fin de l'année 43.
Une quatrième " aktion " est décidée en janvier 1944 sur la fourniture de 855 000 hommes, et pour arriver à ses fins, il est décidé d'étendre les classes de réquisitions à tous les hommes de 16 à 60 ans et les femmes sans enfants de 18 à 45 ans. Elle se solde néanmoins par un échec patent.
Si la propagande française reste presque muette sur toutes ces réquisitions, il n'en est pas de même du côté allemand. La Propagandastaeffel tente toujours de convaincre le quidam que le travail volontaire ou forcé ne peut être que profitable à eux et à leur famille. Les années 1943 et 1944 voit renaître une propagande largement utilisée pendant les années précédentes. Le chômage n'est plus à l'ordre du jour car maintenant la France manque de main-d'oeuvre. En revanche, le salaire avec l'aide à la famille restent des arguments valables
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